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Ne soyons pas paranoïaque, mais surtout (surtout), ne soyons pas naïf. Le vol d’idée de startup, ça existe, et ça fait partie du savoir-faire d’un entrepreneur que de savoir quand parler, et quand la boucler.

Dans un précédent article, on a essayé d’être rassurant (si besoin est), en déconstruisant toute la mythologie autour du « vol d’idée » de startup. Mais attention, faire la part des choses ne veut pas dire arrêter de se méfier.

Car il reste une grande question : quand et comment partager son idée de startup ? C’est un problème bien connu :

  • Si tu choisis de partager ton idée, et on risque de te la voler.
  • Si tu ne la partages pas, comme le fait remarquer Seth Godin, ton idée risque tout simplement de mourir dans le secret.

 

En réalité, la bonne question n’est pas « Est-ce que je dois partager mon idée ? » mais plutôt « Quand puis-je le faire ? », « Avec qui puis-je le faire ? » et « Comment puis-je le faire en prenant le minimum de risques ? ». KMF te propose un petit précis sur le sujet.

1) En parler, oui, mais seulement au début

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Autant le dire tout de suite, ce premier conseil est sans conteste le plus contre-intuitif. Je viens d’avoir une idée. Une bonne idée, une excellente idée même ! Normal, c’est la mienne. Ça me démange d’en parler, mais je me retiens, car je me dis que sans protection juridique aucune, on aura vite fait de me la dérober. Eh bien j’ai tout faux.

La preuve par l’exemple.

Sur son blog, le serial-entrepreneur Steve Blank raconte comment, à l’occasion d’une rencontre avec un client potentiel, il s’est fait voler des plaquettes de présentation sur son projet de startup.

Ce qui va suivre a toutes les caractéristiques de ton pire cauchemar : grâce aux documents chipés, le faux client parvient à lever des fonds et lance sa propre startup-copycat quelques mois plus tard, juste avant celle de Steve Blank. Mais voilà, alors que la startup de Steve Blank fait un carton, celle de son concurrent peu scrupuleux met la clef sous la porte rapidement.

Ce qu’il faut retenir en l’espèce, c’est bien l’importance de la temporalité. Certes, le projet était suffisamment avancé pour que des fonds puissent être levés sur la base des documents existants. Mais Steve Blank explique très bien comment lui et ses équipes ont fait avancer le projet, après le vol, pour aboutir à une idée de startup bien meilleure. Le concurrent, lui, a adopté une démarche beaucoup plus statique et n’a pas su faire évoluer les idées « empruntées ».

Plus largement, on retient que moins une idée a été travaillée, moins elle a de valeur, et moins il est dangereux de la partager.

Bref, au tout début, le risque de se faire voler une idée existe bel et bien, mais ce n’est pas la fin du monde.

2) Compartimenter les informations

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A moins d’avoir la chance de posséder toutes les compétences et l’argent nécessaires, il va falloir rapidement trouver les talents et les financeurs … autant de personnes susceptibles de s’approprier tes idées.

Cette étape pourra peut-être te donner des sueurs froides car, comment empêcher un développeur, par exemple, de partir avec ton idée (au sens large, genre la stratégie, le code…) ?

Si tu dévoiles ton projet sans retenue à une personne en capacité d’en comprendre les mécanismes et de mettre en œuvre ta vision, alors il y a danger. Une idée sera plus facilement comprise (et volée) par une personne qui possède des compétences dans le secteur visé.

L’histoire est célèbre. Les jumeaux Winklevoss ont une idée de réseau social. Ils ont besoin d’un programmeur pour la concrétiser. Il s’appelle Mark Zuckerberg. En travaillant sur le projet, il a « soudain » l’idée d’un projet très proche, et cesse alors de travailler pour les jumeaux jusqu’à ce qu’il lance thefacebook.com. S’ensuivra un bon procès des familles entre les deux parties.

Pour éviter que ça se produise, un seul leitmotiv : com-par-ti-men-ter. Faire en sorte de ne jamais tout dévoiler à une seule personne. En s’adressant à un développeur par exemple, n’évoque que les aspects du projet qui le concernent directement et ne donne pas les clefs de la vision dans sa globalité. Use de comparaisons plutôt que d’éléments spécifiques lorsque tu décris le business.

Enfin, ça ne mange pas de pain : n’hésite pas à formaliser ! Faire signer un accord de confidentialité aux (futurs) collaborateurs ne peut pas faire de mal, ou alors choisis de rester dans un cadre de prestation en te couvrant bien sur la question de la propriété intellectuelle.

Même si une « simple » idée n’est jamais protégée, le reste peut l’être.

3) Ne pas avoir (trop) peur des concurrents

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A trop avoir peur de se faire voler une idée par les concurrents, on risque surtout la paralysie. En revanche, approcher la concurrence de manière intelligente peut se révéler fructueux. Je m’explique.

Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, établir une relation win-win avec ses concurrents pourrait bien être une des meilleures stratégies pour protéger une idée. Surtout que des concurrents, quoi qu’il arrive il y en aura, et pas qu’un.

Comme l’explique Stephen Key, en établissant un partenariat avec le fabricant leader du marché, il a permis à sa petite entreprise de médiators personnalisés de survivre. Le concurrent avait moins d’intérêt à lui piquer son idée, puisqu’il en profitait, lui aussi, un peu. L’entreprise de Stephen Key avait changé de statut, passant de menace potentielle à partenaire commercial.

C’est également l’option qu’a choisie Andrew Vagenas, PDG de Pharmapacks.com. Au lieu d’entrer en compétition frontale avec Amazon, la stratégie de la petite plateforme de e-commerce a été, dès le début, de travailler avec le géant américain. Aujourd’hui, explique le dirigeant, sa startup a réussi à sortir du lot et est même considérée comme un partenaire par Amazon.

Aux Etats-Unis toujours, l’association entre la startup Botkeeper, qui propose aux entreprises des services de comptabilités automatisés, et trois cabinets traditionnels, souligne les avantages d’un partenariat bien pensé. En mettant certaines de leurs compétences en commun, plutôt que de se livrer une guerre sans merci, ils ont pu concocter une offre à plus forte valeur ajoutée.

L’entrepreneur Mark Suster recommande, quant à lui, de voir les concurrents comme des «frenemies ». Dans un billet de blog, il exhorte les startupeurs à ne pas reproduire ses erreurs de jeunesse, parmi lesquelles la « diabolisation » systématique de la concurrence.

Attention tout de même à ne pas prendre des vessies pour des lanternes.

Pour établir un partenariat qui tienne la route, il faut penser à formaliser, à bien délimiter ce qui entre – et surtout n’entre pas – dans son cadre et à établir des objectifs stratégiques précis. De même, le partenariat doit s’inscrire dans une période de temps limité, et voir les deux parties signer un accord de confidentialité. Il ne faut pas non plus négliger l’importance d’informer chacun de ses collaborateurs de ce qui fait partie du partenariat et de ce qui est strictement off-limits.

C’est une question de survie.

4) Contrôler les dégâts

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Il existe un passage obligé particulièrement risqué pour tout startupeur : la présentation aux financiers, le fameux « pitch startup ». Comment se protéger au moment où l’on doit justement se valoriser ? Avec les investisseurs, une nouvelle stratégie est nécessaire. Dans la série Silicon Valley, la fine équipe de Pied Piper se retrouve à en avoir trop dit sur leur algorithme lors d’une présentation, et elle s’en mord les doigts.

  • Se renseigner sur le pool du VC. Certains investisseurs font passer des pitchs pour faire de la veille concurrentielle pour des startups de leur pool. Attention !

 

  • Laisser tomber les NDA. Aucun investisseur ou business angel qui se respecte n’acceptera de signer un tel accord. Et pour cause : ce genre d’engagement les contraint à ne pas valider un projet qui serait trop similaire au tien, et on a bien compris que c’était une forte possibilité. D’après Carl Erickson, imposer la signature d’un NDA te fera passer, au mieux, pour un débutant un peu naïf, au pire… pour pire. A proscrire, donc.

 

  • Prendre des précautions. Il vaut mieux partir du principe que tous les éléments de la présentation peuvent ou vont, plus vraisemblablement, finir à la (potentielle) concurrence. Il est toutefois possible d’en limiter la diffusion via des PDF cryptés ou des documents dont l’accès est restreint.

 

  • Espionner. Histoire de ne pas être pris totalement au dépourvu, on peut aussi avoir recours à des outils comme DocSend, un outil de partage qui permet de savoir à qui les documents sont envoyés, mais aussi combien de temps une personne passe à les lire. Quelqu’un qui passe beaucoup, beaucoup de temps sur tes documents pourrait peut-être avoir des idées derrière la tête…

5) Faire les fonds de tiroir du Web

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Question : tu t’apprêtes à rencontrer une nouvelle relation professionnelle pour la toute première fois, que fais-tu immédiatement ? Si tu as moins de 50 ans, la réponse est forcément « des recherches ».

Dans le cadre du lancement d’une startup, cet adage ne pourrait être plus vrai. Personne, encore moins dans le milieu des affaires, n’est complètement invisible à l’ère des réseaux sociaux : Facebook, Twitter, LinkedIn, Reddit, Quora, il ne faut négliger aucune plateforme. Renseigne toi, fais marcher ton réseau, et apprends autant de choses que possible sur tes interlocuteurs.

Ont-ils déjà eu maille à partir avec d’anciens collaborateurs ? Certains de tes proches peuvent-ils les recommander ou au contraire te mettre en garde ?

La théorie des 6 degrés de séparation, ça te parle ? Ce concept, développé dans les années 1930 par le Hongrois Frigyes Karinthy établit « la possibilité que toute personne sur le globe puisse être reliée à n’importe quelle autre, au travers d’une chaîne de relations individuelles comprenant au plus cinq autres maillons ».

Eh bien elle a été mise à jour : désormais, selon une étude de 2016, n’importe quel individu peut être relié à n’importe quel autre par une chaîne de relations individuelles de 3,5 personnes, en moyenne. La plupart des gens n’auraient même que trois degrés de séparation… On peut donc profiter de ce « rétrécissement » du monde pour en apprendre le plus possible sur ses interlocuteurs.

Une mauvaise réputation (et une bonne aussi, espérons-le) laisse des traces, fussent-elles seulement digitales. Alors il faut les débusquer pour savoir à qui on a affaire.

S’il n’y avait que deux choses à retenir :

 

  • Les idées seront plus facilement volées ou copiées par une personne compétente dans ton domaine. Sache toujours à qui tu as affaire et adapte ton discours tout en gardant pour toi les éléments les plus importants.

 

  • Les idées seront plus facilement volées si elles ont été travaillées. Une idée, c’est un bon début, mais on offre le business plan, le benchmark concurrentiel et l’étude de faisabilité avec, c’est carrément Noël. Donc l’important n’est pas tant de protéger «l’idée » mais tout le travail qui a été fait autour.

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