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Cédric Giorgi n’a pas vraiment besoin de présentation : serial startupper et entrepreneur, pionnier de la French Tech, mentor irremplaçable pour maintes startups. Depuis bientôt deux ans et demi, Cédric a au moins deux nouvelles cordes à son arc : expert de l’IoT et intrapreneur chez Sigfox, une startup qui n’est plus vraiment une startup mais un fleuron national. Nous sommes allés l’interroger en long et en travers sur ses nouvelles expériences et en avons tiré une interview en deux actes.

Dans cette deuxième partie, Cédric revient en détails de son expérience chez Sigfox, une startup pas tout à fait comme les autres (et pas juste parce que née à Toulouse).

Retrouve ici la première partie de l’interview, où Cédric explique ce que c’est vraiment, l’IoT. 

Diana : Tu t’en doutes, ma première question porte sur « la stratégie que Sigfox s’est donnée pour conquérir le marché de l’IoT” ! Sigfox fonctionne comme un opérateur telco mondial mais dédié à l’IoT, c’est exact ?

Cédric : C’est un bon premier niveau de lecture. On a inventé un protocole radio à bande ultra étroite (UNB) qui permet à un objet d’être entendu par nos antennes à très longue distance, avec une consommation d’énergie très faible. Grâce à cette technologie, nous déployons un réseau d’antennes au niveau mondial, vendu comme une offre de service d’abonnement. Chez Sigfox, on se charge de la conception et construction des antennes, mais on laisse à nos clients la liberté de choisir comment construire le device, avec choix du composant parmi les fournisseurs hardware compatibles avec Sigfox (Texas Instruments, Atmel, St Microelectronics etc) sans toucher de royalties. Nous ne gagnons de l’argent que sur l’accès au réseau. On est donc très ouvert niveau hardware, et c’est d’ailleurs un point majeur pour la construction de notre écosystème. Même si nous sommes fiers de notre technologie car nous la pensons évidemment la meilleure, et notamment de son impact le plus fort – l’optimisation de l’énergie dépensée – ce qui intéresse nos clients, ce n’est pas tant de comprendre la technologie que d’être assurés d’avoir un service avec forte qualité de service.

Quels sont les avantages comparatifs de Sigfox par rapport à la concurrence, en particulier les opérateurs historiques ?

Sigfox est la seule société à proposer un réseau à l’échelle mondiale sur lequel n’importe quel client peut s’insérer. D’ici fin 2018, nous projetons de couvrir 60 pays (nous en sommes à 30). C’est là que se niche la vision de Ludovic (Ludovic le Moan, cofondateur de Sigfox, ndlr) : au lieu de créer une techno qu’on aurait ensuite essayé de vendre à des opérateurs historiques, on a commencé par créer notre propre réseau pour ensuite nouer des partenariats et déployer à grande échelle. Le problème c’est que les opérateurs sont souvent réticents à l’égard de ces partenariats et préfèrent développer leur propre réseau, passant d’opérateur mobile à opérateur d’objets. C’est par exemple le cas d’Orange et de son réseau basé sur LoRa. SFR et Telefonica ont accepté de rechercher un modèle de développement différent et ont signé un partenariat nous, mais ce sont des exceptions.

Est-ce que le fait que Sigfox soit, relativement du moins, une startup par rapport à ces géants historiques vous sert ou vous dessert ?

Il faut bien comprendre que c’est une course. Nos forces sont celles d’une startup : l’agilité et la rapidité de l’exécution. Mais nos challenges sont aussi ceux d’une startup ! Comment rester organisé et agile avec un développement international et des effectifs en hausse ?

Le risque principal c’est de continuer à être perçu comme une startup, alors que nos clients ont besoin de sécurité car lorsqu’ils s’engagent avec nous, c’est pour plusieurs années. Ce qui est donc très important, c’est la manière dont on va s’organiser pour à la fois déployer notre réseau sur les différents pays, apporter du support à nos partenaires, tout en gérant la relation client pour toujours rester dans des process rassurants. Nos levées de fonds, 300 millions en tout, nous donnent les moyens d’avancer mais sont aussi un moyen de rassurer nos clients, partenaires.

D’ailleurs causons taille et levée de fond. Sigfox n’a que six ans et vous avez déjà levé 300 millions, sans parler de la croissance en effectifs et votre présence dans 30 pays. On dirait un peu l’opération Barbarossa de la startup !

Il est vrai que ces levées de fonds peuvent paraître impressionnantes, mais il faut les remettre en perspective. On déploie une infrastructure mondiale : on a besoin de fonds pour investir dans ce développement et montrer à nos clients que financièrement, nous sommes solides.

Il existe plusieurs échos concernant une possible IPO en 2018 ! Tu peux nous en dire plus ?

Alors là, je ne peux rien te dire ! Je le répète, les opérations financières, levées de fond, IPO, reventes, sont des signaux envoyés au reste du monde. Le but de parler de l’IPO, c’est de montrer que l’entreprise veut rester dans la durée, et ne cherche pas une revente rapide. Clairement, c’est la vision de Sigfox : délivrer un réseau mondial sur le long terme. Il est important que des leaders mondiaux, surtout dans le domaine de l’IoT où beaucoup de données vont transiter, naissent et restent en Europe.

Comment comptez-vous vous y prendre, concrètement ?

En devenant une plateforme qui fédère autour d’elle un écosystème intégré. Notre business est étroitement lié aux constructeurs de devices, des intégrateurs, etc. On a donc besoin de ces autres acteurs pour aider nos clients à développer leurs projets.  C’est à cet effet qu’on (l’équipe que j’ai montée) a développé le Sigfox Partner Network, qui est une Marketplace où l’on met en relation les partenaires et les clients. Pour le coup, on n’a rien inventé, il suffit de voir ce que fait Salesforce avec son AppExchange. Sauf que cette approche dans le cloud, le software, est courant, elle l’est moins dans le hardware.

Tu parles de stabilité, confiance, durée. Ce ne sont pas vraiment des termes qu’on associe immédiatement avec startup ! Comment conjuguer ces impératifs avec la culture entrepreneuriale ?

Nous avons en effet une double casquette, les deux étant nécessaires. Notre expertise, taille et maturité rassurent nos clients et partenaires. En même temps, Sigfox a cette culture de startup disruptive (rires), tout simplement parce qu’on a toujours besoin d’innover, de challenger l’existant, d’être créatifs pour aller encore plus vite, de faire plus avec moins etc. Ce n’est pas parce qu’on n’est plus 10 personnes dans un garage qu’on n’est pas une startup !

Ludovic et Christophe, les co-fondateurs, ont tous deux la cinquantaine et une expérience bien remplie, la moyenne d’âge chez Sigfox est généralement assez élevée, autour de 38 ans. Cette maturité est fondamentale, on ne pourrait survivre sans, dans un domaine comme la radio, où l’expérience compte énormément et où on requiert une expertise pointue. Même du côté vente, la complexité d’accompagnement est telle qu’on a besoin de commerciaux avec un bon carnet d’adresses et beaucoup d’expérience. Tout cela n’empêche absolument pas une culture d’entreprise dynamique, fluide, autonome, bref, entrepreneuriale. Notre défi est de transmettre cette culture, notamment aux 80% de nos employés qui n’ont jamais travaillé en startup.

Et comment toi, serial entrepreneur, un des ambassadeur phares de la French Tech et de l’entrepreneuriat plus généralement, as-tu vécu le passage du statut d’entrepreneur à celui de salarié ?

J’ai la chance chez Sigfox de jouir d’un statut particulier, celui d’intrapreneur (même si c’est encore un mot valise qui peut mal être compris), c’est-à-dire que je travaille sur des « special projects » – le nom fait beaucoup rire d’ailleurs. Une sorte de startup dans la startup, qui développe des projets un peu éloignés du cœur de métier de l’entreprise qui est de délivrer un service de connectivité. Je suis en direct reporting vers Ludovic, mais ça ne veut pas dire que je suis complètement libre de faire ce que je veux : je dois encore faire valider mon budget, je travaille en coopération avec toutes les équipes, etc., mais le cycle décisionnel est beaucoup plus court. Surtout, comme dans une startup, il faut accepter de prendre des risques, et de se planter, avec Ludovic on s’est tout de suite mis d’accord sur ce principe. Ça paraît simple sur le papier, ça l’est moins en pratique.

Il n’empêche que par rapport à la période Cookening, ta situation aujourd’hui est moins risquée.

C’est certain. Il faut prendre la pleine mesure des sacrifices que suppose l’entrepreneuriat. On n’en parle pas souvent parce que beaucoup d’entrepreneurs sont jeunes, dynamiques, sans obligations familiales, mais une fois que tu as la responsabilité pour des proches et non seulement pour ta pomme, tu réfléchis différemment. Je me suis marié en 2012, pile l’année où j’ai démarré à travailler sur Cookening. Lorsqu’on a lancé publiquement en mai 2013, j’attendais ma fille pour juin 2013. A titre personnel, je pouvais manger de pâtes, mais pour un enfant, c’est un peu plus compliqué, au début du moins (rires). Est-ce que Cookening aurait connu une histoire différente si j’étais allé jusqu’au bout (Cookening a été revendu en Février 2015 à VizEat, ndlr) ? Est-ce que j’ai fait Cookening trop tard, parce que j’étais à ce moment-là à un stade de ma vie où j’avais besoin de ressources ? Est-ce que je l’ai fait trop tôt, aurais-je dû attendre d’avoir mis de côté et avoir sécurisé ma situation ? Un peu des deux probablement, du coup j’en suis à me demander si les deux moments les plus propices à l’entrepreneuriat ne seraient pas : soit tu démarres très jeune, et tu n’as quasi rien à perdre, soit tu attends d’avoir réseau, expérience et ressources.

Tu comptes remonter une boite dans un futur proche ?

Aucun doute là-dessus ! Et je ferai les choses différemment. L’avantage avec un profil comme Ludovic, c’est que c’est un entrepreneur pur jus et on parle la même langue. Il sait que je suis chez Sigfox pour une période de 4, 6 ans maximum. En plus, si plus tard je monte une boîte autour de Sigfox, je sais que Ludovic sera le premier à me soutenir et m’accompagner dans ma démarche, comme ça a déjà été le cas avec d’autres salariés qui sont partis pour fonder une entreprise.

Et pour finir, quels sont les sujets qui te bottent le plus en 2017 ?

Deux sujets principalement : l’IoT et le hardware forcément d’une part, l’éducation à la tech de l’autre. Bon, le premier, tu as compris pourquoi ! Mais le second est fondamental : ce n’est pas comment la tech fait évoluer les méthodes éducatives qui m’intéresse, mais comment on éduque les enfants à l’appréhension de la technologie. Jette un coup d’œil sur les projets que je finance sur Kickstarter, il n’y a pratiquement que des projets de ce type.

Chez Sigfox, on est en plein dedans. Comment expliquer ce qu’on fait à nos enfants ? Ma fille, par exemple, sait ce qu’est un pompier, un médecin, un instituteur, etc. Mais expliquer Sigfox, c’est plus compliqué ! C’est pourquoi on a lancé une journée portes ouvertes Sigfox pour les enfants, que j’ai vraiment adoré. On a commencé par l’explication des projets de la fondation Sigfox, comme celui de connecter avec des tracker les rhinocéros du Zimbabwe pour mieux les suivre et les protéger. Pour les 8-15 ans, on a aussi organisé un atelier pour les initier au code, avec des interfaces en ligne, carte de prototypage Thingz avec capteurs, etc. Il ne faut jamais oublier l’importance de la transmission à la génération qui suit, sinon tout ce qu’on fait du matin au soir ne sert simplement à rien.

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Sigfox doit garder l’esprit startup sans en projeter l’image, Interview de Cédric Giorgi (2/2)
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Sigfox doit garder l’esprit startup sans en projeter l’image, Interview de Cédric Giorgi (2/2)
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Sigfox, une startup qui n’est plus vraiment une startup mais un fleuron national. Interview de Cédric Giorgi serial-entrepreneur et intrapreneur chez Sigfox
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