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« Software is eating the world » : vous connaissez la formule. Mais pour le digérer, le software a besoin… d’API ! Ouvrant la porte à une interconnectivité inédite, l’APIfication du monde permet aux startups d’aller plus loin, plus vite, de créer des passerelles innovantes et de contribuer à l’intelligence collective. Startups, be hungry for APIs !

Fini le temps où les applications étaient fermées et ne se parlaient pas entre elles. Comment avons-nous jeté aux oubliettes les « non, ce n’est pas compatible », « non, c’est un autre système, ça n’a rien à voir », « non, on ne peut pas le convertir » ? La réponse tient en 3 lettres : API, pour « Application Programming Interfaces ». Concrètement, c’est l’interface qui permet à deux systèmes différents de communiquer.

Pour faire une analogie, à une époque où l’être humain parle des milliers de langues différentes (entre 3000 et 7000 langues vivantes à l’heure où KMF écrit ces lignes), les API seraient semblables à des interprètes, capables de traduire instantanément toutes les langues. En d’autres termes, l’APIfication du monde a quelque chose de la tour de Babel du monde du software !

1/ Plus vite et plus loin, tu iras

Les API permettent aux startups d’aller plus vite, pour moins cher et d’utiliser les meilleures briques technologiques possibles.

Ces systèmes, qui peuvent faire partie de logiciels, d’applications ou de sites web, sont des traducteurs qui permettent à deux programmes informatiques de discuter dans la même langue et d’échanger des politesses. En créant un lien entre le programme fournisseur et le(s) programme(s) consommateur(s), l’API ouvre l’accès à une nouvelle fonctionnalité du système en deux temps trois mouvements.

Au quotidien, les exemples sont légion : si des adresses s’affichent sur la carte, c’est sans doute grâce à une API de Google Maps.  Et si Google Maps a pu, à son tour, afficher les résultats de trajets en transports en commun, c’est parce qu’elle envoie une requête à l’API de la RATP.  

Même les gouvernements ont compris les enjeux de ces API, et se mettent en mouvement – lentement, mais sûrement. Aux Etats-Unis, la Maison Blanche a lancé Data.gov qui donne accès, via des API, à des milliers d’informations concernant la santé publique, l’économie, les législations fédérales ou locales, etc. En France, l’Etat a lancé le portail api.gouv.fr, qui permet de récupérer les données des administrations publiques ou des entreprises sous contrat avec le gouvernement, via une mutualisation des API fournies par l’ensemble des services publics.

Tout l’intérêt, c’est que les API permettent de créer des interactions sans rendre nécessaire le partage de tout le code source, ce qui serait à la fois très inefficace et très dangereux pour la sécurité du programme. Comme l’explique Mehdi Medjaoui, fondateur des APIdays, dans l’interview qu’il a accordé à KMF :

« Il faut bien comprendre que ce trait d’union entre deux systèmes est d’une certaine façon “anti open source” […]. On en publie les données sur Internet mais on a le total contrôle sur l’actif. »

Au final, même dans le monde de l’open source, on s’intéresse aux API : au lieu de compulser tout le code source, les développeurs ont tout à gagner à développer une API pour offrir une fonctionnalité précise. De ce point de vue, les API sont les vecteurs d’un réseau de collaboration géant qui n’a pas besoin d’être coordonné ! Sorte de main invisible, les APIs permettent de profiter de la puissance de création d’une multitude de développeurs à travers le monde pour fonder de nouveaux services en utilisant des briques créées par d’autres et en les intégrant à sa plateforme. D’où le boom des API : ProgrammableWeb, la référence sur l’information sur les nouvelles API, en recense presque 17 000 à ce jour.

Chaque jour, il en apparaît une nouvelle et les développeurs du monde entier peuvent venir en piocher une pour l’intégrer à leur projet.

2/ Sur ton avantage compétitif tu te concentreras

Le temps gagné en utilisant des API peut être tranquillement redéployé sur ce qui constitue le coeur de l’innovation proposée par une startup, en d’autres termes son avantage compétitif véritable. Au lieu de réinventer une roue faite maison à chaque nouvelle specification les startups peuvent bénéficier du travail d’autres startups qui elles aussi se concentrer sur leur coeur de métier. Le résultat ? Des effets de réseaux qui permettent aux startups d’imbriquer leur travail et de joindre leurs forces. Ce dernier point est particulièrement vrai avec l’accès aux données. TechCrunch donne l’exemple de Signifyd, qui a proposé une API d’analyse des fraudes : « Ils ont ainsi pu agréger le détail de transactions de centaines d’autres entreprises très rapidement, ce qui mieux comprendre les dernières techniques en la matière. »

3/ Comme une plateforme, tu te concevras

Se concevoir comme une plateforme, c’est d’abord ouvrir des opportunités pour les autres entrepreneurs, avec tous les avantages qui vont avec : externalisation de la production de valeur, économies d’échelle, création d’un monopole, bref, tout ce pourquoi Uber est encensé et critiqué en même temps. De plus en plus de startups ne ne sont d’ailleurs rien d’autre que des API, comme Aviary, une API d’édition d’image qui est notamment utilisée par Flick ou encore Mailchimp.

Les marketplace très bien installées sont depuis longtemps pour une large part de leur business des API : eBay tire 60% de ses revenus de ses API, Amazon, 28%. À la base une appli iOS pour récolter des données de santé, Fitbit les a rendus accessibles et s’est développé comme plateforme pour encourager le développement d’applis à partir de ses données avec le succès qu’on connaît.

Mais les online business ne sont pas les seuls bénéficiaires : l’API est un point d’entrée idéal pour la plateformisation des entreprises bien établies et leur collaboration avec les startups. Un exemple : le cas de Wallgreens, le plus grand réseau américain de drugstores, 8200 pour être exact, spécialisés dans la vente de médicaments, mais aussi de tout un tas de produits et de services dont l’impression photo. Problème, au début des années 2000, la chaîne a constaté une baisse du trafic en magasin. Pour contrebalancer cette tendance, l’idée a été d’ouvrir une API, la « Quickprint API » pour permettre à toutes les nouvelles applis photos qui florissaient à l’époque, d’ajouter facilement une option permettant aux utilisateurs d’imprimer directement leurs photos dans le magasin Wallgreens le plus proche.

Les startupers étaient ravis de pouvoir proposer cette option à leurs utilisateurs (et d’obtenir un pourcentage sur la vente) et Wallgreens a stimulé le trafic en magasin.

4/ L’API-dépendance, tu craindras !

« L’API economy permet à n’importe quelle entreprise ou organisation de devenir une plateforme », explique Kristin R. Moyer, VP et analyste chez Gartner. L’API economy, autre nom de la plateformisation, bouleverse ainsi toute l’organisation de la chaîne de valeur, en instaurant par un réseau d’interdépendances concentrés autour d’une entreprise centrale.« Les développeurs sont des alchimistes et notre job est de toute faire pour qu’ils puissent s’adonner à cette alchimie ! », explique Jeff Bezos, fort du succès d’Amazon Web Services, l’un des meilleurs exemples de plateformisation de services existants. En effet, Amazon a pu transformer ses outils en véritable écosystème de développeurs, sur les conseils de son ami Tim O’Reilly :

« Dans le monde des technologies nous savons que les gens les plus intelligents ne travaillent pas toujours chez nous, et qu’un des moyens les plus sûrs d’atteindre le succès est de tirer plus d’idées et plus de travail de l’extérieur de notre entreprise. »

Mais attention, cette économie modifie à toute vitesse la façon dont les composantes de cet univers interagissent entre elles. Autrement dit : prenez garde à choisir le bon modèle relationnel ! Pour simplifier, il en existe 4 :

  • Le modèle gratuit (Google) agrège une plus grande quantité d’utilisateurs.
  • Le modèle « developer pays » (eBay, Paypal) demande au développeur de débourser une somme pour accéder au morceau de code (à la fonctionnalité) qui l’intéresse.
  • Le modèle « developer gets paid » (Amazon) exige d’une entreprise qu’elle paie les développeurs pour qu’ils utilisent ses fonctionnalités, en échange d’un envoi de leads (par exemple, les solutions de gestion de flux produits utilisent une partie du programme Amazon qu’elles proposent à des e-commerçants, qui eux-mêmes vont choisir la place de marché pour faire du business).
  • Le modèle indirect (Salesforce) recouvre tous les autres moyens possibles et imaginables pour qu’une entreprise bénéficie des API.

 

Mais – parce qu’il y a forcément un « mais » – les startups sont également confrontées à un problème avec les API : celles-ci ne sont pas nécessairement pérennes.

A l’instar d’un fournisseur de gaz malintentionné, n’importe quelle entreprise peut décider du jour au lendemain de couper l’accès à son programme : c’est ce qu’a fait Twitter en 2012, ce qui lui a attiré les foudres de nombreuses sociétés. Derrière cette fermeture, un désir bien compréhensible de générer davantage de revenus grâce à ses données, mais pour toutes les entreprises qui utilisaient ces API, parfois en faisant de leur analyse leur cœur de métier, ce fut une véritable catastrophe : « C’est un des risques de l’API economy : plus vous comptez sur une seule entité, que ce soit une source de donnée, une couche analytics ou une infrastructure, plus vous courrez le risque que quelqu’un tire le tapis sous vos pieds ! » résume Infoworld. Pour Steven Willmot, fermer le robinet d’une API aussi largement utilisé que celle de Twitter est une initiative « qui détruit l’innovation ».

Gardons cela en tête : une API est comme une promesse, à long terme, on a tout intérêt à la tenir – et en l’occurrence, à maintenir l’accès ouvert pour ne pas briser ce lien de confiance.

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