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Créer une startup de l’IoT, ce n’est pas comme fonder une startup du web : nombreux sont ceux qu’on voit se lancer, la fleur au fusil, sans s’en rendre compte… ou alors trop tard ! Si telle est votre idée, asseyez-vous, respirez un coup, KMF fait le point.

16 milliards d’objets connectés d’ici 2021. Forcément, ça donne envie. La perspective d’inventer de nouvelles interactions entre tous ces objets de la vie quotidienne, d’insuffler de l’intelligence à ces machins « tout con » qui peuplent notre existence, c’est un champ d’innovation formidable pour tous les startuppers… mais attention !

Les cimetières de startups sont pavés de projets IoT, souvent de ceux qui feraient passer le concours Lépine pour une réunion d’ingénieurs des Ponts et Chaussées – mais pas seulement : le fail (et une certaine inconscience mâtinée d’enthousiasme) touche particulièrement ce domaine de l’innovation startup.

Notre question est simple : pourquoi est-il si difficile de créer une startup dans l’IoT ?

Créer une app et un objet connecté… ce n’est pas pareil !

La différence fondamentale, c’est le besoin de ressources, aussi bien matérielles qu’au niveau des connaissances.

Je m’explique : le mythe de la bande de copains qui créent leur startup dans un garage avec des ordis et du Red Bull ne sort pas de nulle part. Il est vrai ! Pour créer une appli, vous n’avez pas besoin de grand-chose : un ordi, bien sûr, savoir coder (ou trouver quelqu’un qui sait et lui donner un peu d’argent et beaucoup de parts) et puis, le reste, c’est du travail qui ne vous coûtera que vos journées… et vos nuits. Légèreté des moyens requis, rapidité de production, disponibilité du savoir : voilà ce qui a permis à tant d’applis très simples de voir le jour dans des garages, des chambres ou des bibliothèques.

Mais une startup de l’IoT ne se suffit pas du software. Sa proposition de valeur se distingue avant tout par la partie… hardware. Alors, bien sûr, il existe des startups IoT qui sont purement software, mais ce n’est pas la norme.

Et là, messieurs, mesdames, on entre dans un monde radicalement différent : il va falloir prototyper l’objet, vous doter de l’équipement nécessaire pour le faire, sourcer les composants, le faire évoluer à chaque itération, prévoir l’industrialisation, les coûts de production, etc. Bien sûr, vous pouvez rejoindre un fab lab pour les premiers prototypes, mais toute la viabilité de votre projet (et son business model) va dépendre non seulement de votre capacité à concevoir et réaliser une solution software et hardware innovante, mais aussi à la répliquer et, surtout, le distribuer à bas coût (comprendre, au moins équivalent à l’industrie traditionnelle).

Dans le monde des applis, je le répète, 3 ordinateurs, des câbles et un serveurs dans une cave, vous êtes bon… mais avec un objet connecté, il va falloir accepter de transformer votre espace en une véritable petite usine d’assemblage au début !

L’ambiance, ce sera moins Silicon Valley que Les Temps Modernes

Retrouve l’interview de Cédric Giorgi qui livre sa vision de l’IoT et révèle les nombreux défis de Sigfox.

“Don’t underestimate hardware”

« Mais comment avons-nous pu ignorer un truc aussi énorme ? », s’étonne Yash Kotak, fondateur de Lumos (et fan assumé de Harry Potter). En juin 2015, il racontait pourquoi sa startup de l’IoT s’était pris un mur et l’histoire est révélatrice : tout commence très bien, l’idée est bonne, l’équipe est top, les VC enchantés… En quelques mois, l’équipe se sent bien partie pour avoir son produit fin prêt pour le marché avant un an. Une belle réussite. « C’était la vie en rose », explique Yash. « Jusqu’à ce que tout change » :

« Nous avons sous-estimé le travail nécessaire pour obtenir un produit hardware vraiment prêt pour le marché. Nous avons surestimé la demande et l’utilité de notre produit. Et surtout, nous ignorions que le hardware se vend à 4 ou 5 fois le prix de ses composants. Comment avons-nous pu ignorer un truc aussi énorme ? Nous étions totalement à côté de la plaque sur le prix de vente de l’objet. Et quand on s’en est enfin rendu compte… ça a été la m****. »

Pour Yash Kotak, la prise de conscience est rude. Passé le prototypage du produit (la partie la plus simple !), sa startup ne va pas survivre à l’épreuve décisive : établir une chaîne de fabrication du produit, gérer sa distribution, réussir le marketing du produit… Sur ce dernier point, on se souvient des déconvenues de Rafi Haladjian, vétéran de l’IoT française avec ses lapins Nabaztag (200 000 ventes) et son projet suivant « Mother » (hum) :

« Ce n’est pas un phénomène de masse. Les gens normaux ne savent même pas ce qu’est un objet connecté. Et croire qu’on va séduire le marché avec nos objets qui valent 200 euros, c’est une illusion. »

Pas du genre à se décourager, l’entrepreneur a ensuite lancé une gamme de capteurs appelés « Peanuts » vendus à… 29 euros l’unité.

Les VC ont encore des doutes

«Que de choses il faut ignorer pour agir !», écrivait Paul Valéry, qui parlait peut-être de certains startupeurs qui se lancent corps et âme dans leur projet de startup IoT.

Mais les VC, eux, savent : « Obtenir des fonds des VC est aussi plus difficile avec ce type de startups jugées plus risquées… il faut une traction d’au moins 1 million de dollars sur Kickstarter ou IndieGogo », se désole Yash Kotak. Force est de constater que même une startup qui a levé des millions sur Kickstarter, comme Pebble, a du mal à industrialiser son produit aujourd’hui, et a dû récemment se séparer de 25% de ses effectifs :

Un point de vue que rejoint Matt Turck, VC chez FirstMark : « Investir dans du hardware n’est pas vraiment dans les réflexes de pas mal d’investisseurs. » L’IPO de Fitbit en 2015 a prouvé que c’était possible, ainsi que les levées plus récentes de Netatmo, Legrand, Sigfox. Mais malgré le nombre croissant de startups IoT, les VC restent très prudents : « Nous ne retenons que des produits prêts à être commercialisés. Et non de simples concepts », souligne Eric Morand, directeur tech et services innovants de Business France, un peu échaudé par l’échec de startups plutôt farfelues comme Hapilabs et sa fourchette connectée. Surtout que « les créateurs de start-up oublient parfois la marge du distributeur à ajouter, qui multiplie leur prix par deux ! ».

Une frilosité d’autant plus difficile à tenir que les entrepreneurs qui se lancent dans cette voie doivent souvent engager des fonds des mois à l’avance pour la distribution des produits. Eh oui : pas d’AppStore pour votre objet connecté ! Et les VC vont aussi vouloir que l’objet connecté soit breveté, et ça aussi, ce n’est pas donné.

Bref, Yash Katok le résume très bien ainsi :

« Réussir sa startup, c’est difficile, mais réussir sa startup de hardware, ça l’est 10 fois plus ! »

Vous aurez besoin d’une infrastructure… énorme

« Si demain vous vouliez développer l’infrastructure pour pouvoir relever les challenges de l’IoT, ça occuperait 99% de votre temps », explique Sébastien Pertus, Microsoft France. « Du coup, vous n’aurez plus le temps de vous occuper de votre business. » En effet, après le software, après le hardware, la startup IoT doit encore affronter une autre difficulté : l’infrastructure de gestion des données.

Le challenge est radicalement différent de ce qu’il a pu être à l’époque des premières plateformes web : exit les bases de données relationnelles simples, aujourd’hui les sources de données sont nombreuses et de plusieurs types, la multiplicité des technologies utilisées suppose d’adopter des passerelles multiprotocoles, capables de supporter (par exemple) tous les types de réseaux en présence, que ce soit les classiques (3G, 4G, Wifi…) ou les nouveaux (ZigBee, Sigfox, LoRa…). Comme le rappelle Sébastien Pertuis, face à toutes les données produites par les objets connectés :

« Les échelles de grandeur sont énormes, et les échelles de temps réduites. On doit savoir réagir à ce genre d’événement avec les réponses que l’on veut pratiquement en temps réel, ou alors pouvoir les traiter par lot pour avoir des usages statistiques. Par dessus vient se greffer le machine learning pour apprendre et pouvoir faire de la prédiction. Evidemment, on veut que tout ça soit scalable, étudier comment faire pour le mettre l’échelle pour avoir une disponibilité accrue et pouvoir superviser tout ça. »

Rapidité, évolutivité, scalabilité… quand on sait tous les challenges que doit affronter une startup, on se dit que, en effet, ça commence à être énorme.

Pour proposer un article à KMF…

Les startups IoT, fléau de la cybersécurité ?

D’autant plus que le principal soucis du grand public à l’égard de ces objets, c’est leur sécurisation : dans le monde, 60% des consommateurs trouvent la perspective des objets connectés plutôt « inquiétante », selon une étude réalisée en 2016 par le Mobile Ecosystem Forum.

Et on ne peut pas les blâmer : on se souvient de l’attaque du 21 octobre 2016, lorsque Twitter, Netflix, Spotify et j’en passe ont subi une cyberattaque géante : les hackers avaient justement utilisé les dizaines de millions d’objets connectés non sécurisés qui peuplent nos maisons… pour bombarder les serveurs de requêtes. Et quand on dit objets connectés, cela va du modem au babyphone connecté ! Un cas isolé ? Pas du tout ! Rebelote en février 2017, quand des hackers ont piraté des peluches connectées. Pour Damien Bancal, spécialiste en cybersécurité, « beaucoup d’objets ne sont même pas conçus pour accepter des mises à jour régulières à distance», ce qui n’a pas manqué de suscité des rappels d’objets devenus véritables chevaux de Troie dans les entreprises et chez les particuliers. 

Dès lors, pas étonnant que tous les géant du numérique cherchent à assurer, eux-mêmes, la cybersécurité de ces systèmes, comme l’a montré la création début 2017 de la Iot Cybersecurity Alliance réunissant notamment Nokia, IBM et Symantec – la plateforme Azure de Microsoft ou le Cloud d’Amazon. Actuellement, selon une étude Forrester, la cybersécurité représente d’ores et déjà 1% du CA du secteur de l’IoT, une part qui devrait atteindre 20% d’ici 2020. Pas étonnant donc que les startups elles-mêmes prennent d’assaut ce créneau !

Donc, donc, donc…

Toujours partant ? Eh bah dis donc… KMF n’a plus qu’à dire « A coeur vaillant, rien d’impossible« . Foncez et, surtout, racontez-nous !

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